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23h17 – Elisabeth Giroud

Je les déteste, tous autant qu’ils sont. S’ils pouvaient crever, aller se faire frire en enfer et me lâcher un peu… Sous prétexte qu’ils ont fait dix ans d’étude, ils croient pouvoir me dicter ma conduite ? Je les vois venir de loin avec leur sourire mielleux et leurs phrases toutes faites ! Le prochain qui me parle d’« apprendre à se contrôler » ou de ma « fragilité » se prendra mon poing dans sa gueule. On verra bien qui est le plus faible des deux…

Il paraît que c’est mal de se réjouir de la douleur d’un autre, mais je m’en fiche. Je n’ai pas besoin qu’on me fasse la morale. Si en vingt-et-un ans d’existence je n’ai toujours pas compris la différence entre le bien et le mal, je ne risque pas d’y arriver de sitôt ! Il faudrait peut-être que je le dise au Dr Nathan, au moins il arrêterait avec ses discours sans âme sur « ce qu’il est bon de faire », comme il adore le répéter. Il pense que Dieu lui a « confié la mission sacrée de me ramener parmi les Hommes ». Comme si j’étais une espèce de monstre…

Aller simple – Julie Gaucher

 

« Lorsque soudain, au détour d’une rue, un lépreux nous touche de ses moignons gazés, ou que, sur le trottoir, un vieillard agonise dans l’indifférence générale, nous nous trouvons brutalement confrontés à l’innommable : la mort, cette mort à laquelle nous sommes, nous autres Occidentaux, si mal préparés… »

Fous de l’Inde, Régis Airault

L’enterrement avait eu lieu l’avant-veille. Il avait fallu attendre une semaine avant de pouvoir l’inhumer. Embouteillage et file d’attente aux portes du cimetière…Il avait plu toute la nuit, le sol était détrempé. Dans cette terre noire, il avait été enseveli. Pour toujours. La plaque qui devait porter son nom n’était pas encore fixée sur la pierre tombale. Deux lignes y résumeraient sa vie : date de naissance – date de décès.

Au pied de la cathédrale – Mireille Delcroix

Il exècre tout ce qui fait le pittoresque du canal suspendu, ses écluses, et ses alentours. Animé d’incessantes marées artificielles le jour, le canal charrie des cohortes de bateaux qui montent et descendent comme des bouchons au gré de l’écluse du Port-Neuf.
Il déteste la frénésie turbulente des gamins, les joggeurs qui envahissent les pavés, les couples d’amoureux qui s’enlacent en cheminant, les photos souvenirs des badauds avec en arrière-plan la belle Saint Nazaire. Il peste contre les petits vieux bancals qui viennent se distraire en regardant les manœuvres de l’éclusier. Et plus que tout, il hait l’avalanche de lumière quotidienne qui met les touristes en extase et transforme les lieux en carte postale idéale.

Sables immuables – Audrey Gourjon

Manteau long russe, perruque Louis XVI, chapeau de cowboy et pieds nus, le vieillard se tenait debout, regardant au loin. Mâchonnant une vieille chique trouvée on ne sait où, il ne bougeait pas alors que le sable devait vraisemblablement lui brûler la voute plantaire. Tout autour de lui la plage s’étendait à perte de vue, l’océan trop loin n’était ni audible, ni même visible.

Mais qui a tué Kraspek? – Paule Decosne

 

La nuit tombait sur la petite ville de T. et Philomène K. rentrait chez elle, épuisée par une nouvelle journée d’enquête.

Les petits garçons modèles – Jeanne-Marie Bonnet-Garin

Lorsque nous étions enfants, nous vivions en Afrique, mon frère, mes parents, la bonne et moi. Mon père était directeur de la Caisse Centrale Africaine, notre bonne s’appelait Rosemonde.

Reconversion – Philippe Mangeot

La jeep hoqueta avant de s’arrêter tout à fait sur le parking du Moon, le bar du coin un peu à l’écart du village. Serge en sortit, saisi aussitôt par une bourrasque glacée qui lui fouetta le visage.

L’Arche – Antoine Bousquié

«  L’homme venait de se réveiller. Son premier réflexe fut de chercher une source de lumière, peut-être pour y trouver du réconfort, pour se rassurer.

La Doublure du Maure – Irène Duboeuf

Il habite le plus ancien quartier de Lyon, connu et secret, authentique et théâtral : rue de la Lainerie, entre la gare Saint-Paul et le gothique flamboyant des ruelles de Saint-Jean, à deux pas d’une boutique vénitienne emplie de masques à la blancheur lunaire.

La Rhapsodie – Georges Paturel

     À Philippe, Tom et Jerry

Ma femme et moi remontons la rue de Bonnel en direction du grand auditorium lyonnais.