Posts Tagged: 3ème Prix

Bourgeon de temps – Jean Goedert

Je vous entends. Vous vous demandez ce qui se cache sous ce rideau noir, vous mourez d’envie de le savoir. Je peux sentir vos yeux avides de pénétrer mon intimité. Et pourtant que distinguerez-vous une fois le voile levé ? Rien. Vous vous contenterez de regarder le présent. Vous me verrez moi ou ce qu’il en reste. Ceux du dernier rang me verront peut-être avec un peu moins de netteté, je vous l’accorde. Mais quoi qu’il en soit, vous n’appréhenderez pas le ‘comment’ je suis arrivée devant vous. La Contingence. Ce mot vous dit-il quelque chose ? Connaissez-vous cette Dame versatile et souvent pleine de surprise ? Cruelle parfois, mais c’est aussi ce qui fait sa beauté. C’est elle qui arrose les racines du temps… et c’est elle aussi qui a fait naître le bourgeon de mon présent. Laissez-moi mettre un terme à votre impatience. Laissez-moi vous dire ce qui se cache réellement sous ce rideau. Qui sait, peut-être aurez-vous une surprise une fois le voile levé… Car les bourgeons éclos dans la souffrance donnent souvent les fleurs les plus belles. Écoutez.

Albert coule – Vincent Lescure

Le soir les cueille sur un banc. Intimidés, ils restent impassibles. Est-ce le lac qu’ils contemplent ? Les collines qui les enlacent ? Les ombres ont disparu mais la ville rayonne. Le vent est tombé et l’air devient tiède. En ce soir du 25 décembre, le jour s’efface drôlement tôt sur la lagoa de Rio de janeiro.

Finitude – Lydie Ducolomb

Encore une rotation et le compteur indiquerait 2042. Encore une rotation et la Terre ne serait plus. Le coup de grâce avait été donné par la disparition des abeilles. Cela s’était fait si lentement, si silencieusement que personne ne croyait voir un jour la fin de la toute dernière des abeilles.

La lune est un point d’interrogation imparfait – Edouard Leaune

– Ca tournebicote ! Ca tournebicote ! qu’il piaillait, le gone.
Il en inventait des pelletées de mots qui lui sortaient de la bouche en une sorte de gigue épileptique et grumeleuse, entre ses dents qu’il avait comme moi les ongles, noires et pas ponctuelles.

pV=nRT – Camille d’Andréa

Infini. Je suis une infinité. Je suis infiniment petit. Je suis infiniment grand. Je suis seul, Je suis multiple. Le temps passe. J’évolue. Je me regroupe, de plus en plus près, de plus en plus dense.

Ynova 45-10 – Amandine Johais

J’ai retrouvé ce cahier dans une vieille malle, au grenier de la maison de famille. Couverture beige froissée, tranche carmin déchirée, pages jaunies et racornies.

La Fontaine – M. Perrier

J’avais eu un sommeil très agité cette nuit-là. Etait-ce à cause de la vague de chaleur, était-ce le vin blanc frais que j’avais bu ou bien encore ce rêve banal qui, pourtant, m’avait terrorisée et hantée longtemps sans que je ne parvienne à concevoir pourquoi ?

Passerelle Saint-Vincent – Geoffrey Darnaud

Ce matin, tout était terminé. Elle avait été à la fois précise et déterminée. Elle ne voulait plus me voir. Et alors que tout s’écroulait autour de moi, elle me poignarda : je n’avais jamais rien représenté à ses yeux. Pour elle, notre liaison n’avait jamais existé.

Fine Fleur – Hubert Charles

Je me souviens très bien de la première fois. Son parfum suivait le claquement sec de ses hauts talons sur les dalles cirées de la salle d’embarquement. Je n’avais pas ouvert les yeux. Affalé dans mon fauteuil, j’avais simplement imaginé sa silhouette…

Le garde du corps – Jean-Claude Carrega

Huit jours que je suis détenu à la prison Saint-Paul de Lyon. A travers les barreaux de la petite fenêtre de ma cellule, j’aperçois la cour intérieure et au loin les cimes des platanes du cours Charlemagne qui conduit à la gare de Perrache.