Finitude – Lydie Ducolomb

Encore une rotation et le compteur indiquerait 2042. Encore une rotation et la Terre ne serait plus. Le coup de grâce avait été donné par la disparition des abeilles. Cela s’était fait si lentement, si silencieusement que personne ne croyait voir un jour la fin de la toute dernière des abeilles.

Pourtant on le savait, depuis les années 1990 les abeilles s’éteignaient peu à peu. Pollution de l’air et

Lydie Ducolomb Photo: Michel Cuny

Lydie Ducolomb
Photo: Michel Cuny

de l’eau, recul des prairies à fleurs, parasites grimpant quatre à quatre la chaîne d’un écosystème chamboulé. Rien de nouveau sous le soleil.

Il y avait eu plus remarquable : engloutissement programmé des ours polaires dans la fonte des dernières glaces de l’Arctique au début des années 2030, évanouissement des grands gorilles des forêts tropicales humides rattrapés par l’urbanisation et la guerre autour de 2035, lente agonie des éléphants d’Afrique dans les savanes en proie à la sécheresse à la même époque. Il y avait eu plus quotidien : les soirées d’été dépouillées peu à peu des flèches vives des hirondelles sur le bleu du ciel, des chants insistants des grenouilles dans les mares, des feux follets des lucioles dans les herbes hautes, cela faisait une vingtaine d’années que les soirées d’été avaient sombré dans le silence et l’obscurité.

Il y avait eu plus spectaculaire : le grand suicide collectif des dauphins, dauphins gris et dauphins bleus, dauphins d’eau douce du Gange et du Yangzi, dauphins de mer tachetés de l’Atlantique et à flancs blancs du Pacifique, delphineaux de quelques jours à peine, adultes déjà sur le déclin, femelles pleines au ventre renflé, tous étaient venus s’échouer les uns à la suite des autres, avec patience et méthode, sur toutes les grèves du monde. Au début les divers prédateurs et carnassiers avaient accueilli cette manne de chair fraîche avec frénésie. On avait festoyé, on s’était empiffré, crocs, mains, babines, griffes dégouttant de sang noir. Ensuite on avait pensé à faire des réserves, on avait enterré, salé, réfrigéré la venaison inattendue. A nouveau on avait dévoré les flots vivants qui déferlaient sur le sable, côte à côte humains et grands fauves, insectes carnivores et vers nécrophages, rapaces charognards et reptiles aux dents effilées. Pour finir on avait été repu, on en avait été dégoûté, et on avait observé, on avait attendu que cela finisse. Mais cela ne finissait pas. Mais il en venait encore et toujours en rangs serrés qui roulaient sur la grève et s’immobilisaient là, naufragés. Alors on s’était interrogé. On avait essayé d’analyser, de comprendre. Et on avait été saisi de frayeur. Et quand le dernier dauphin était mort, toute la planète avait été parcourue d’un étrange frisson, chaque brindille, chaque bactérie, chaque caillou infime tremblant dans la conscience de sa finitude.

Les dauphins savaient. Les dauphins étaient allés au-devant du néant et avaient choisi de disparaître avant que la Terre ne soit plus.

*

Elle avait vu les dauphins disparaître tous ensemble d’une volonté commune. C’était en 2040.

Elle avait toujours pensé que les dauphins auraient dû régner sur la Terre. Ils avaient choisi l’eau et la majeure partie de la planète s’ouvrait à eux, riche, profonde, immense. Mais ils avaient conservé la respiration aérienne, à la frontière entre les deux mondes. Ils auraient très bien pu coloniser la terre et évoluer en des créatures parfaitement amphibies, aussi à l’aise sur l’élément solide que dans l’élément liquide. Ils avaient tellement d’atouts, à commencer par leur cerveau si complexe aux hémisphères indépendants en dialogue permanent, dormant et veillant à tour de rôle. L’écholocation leur avait apporté une conscience supérieure, jamais ils ne s’égaraient dans le temps ni dans l’espace, jamais ils ne se perdaient eux-mêmes ni ne perdaient les autres de vue. Et il y avait aussi leur langage subtil, et leur empathie de groupe vaste et enveloppante, et leur sensibilité si grande à la création tout entière, cette prescience dont ils avaient fait preuve une dernière fois lorsqu’ils avaient su que la fin était là, avant tous les autres.

Etaient-ils trop modestes ? Se satisfaisaient-ils de ce qu’ils avaient ? Ils n’étaient plus ressortis des eaux. Au lieu de quoi une poignée de primates dans un coin de savane perdue avait pris idée de marcher debout et de marquer la Terre de son empreinte. Elle avait pleuré les dauphins.

Et elle avait pleuré les abeilles. La fin des abeilles avait été longue, lente, progressive, sans rien de spectaculaire. Elles s’étaient éteintes petit à petit, ouvrière après ouvrière, sans un bruit. Elles avaient succombé lentement à l’empoisonnement des sols et de l’air, au recul des plantes devenues vénéneuses, aux parasites qui les vampirisaient. Les butineuses tourmentées dansaient de toutes leurs forces en longues ellipses jusqu’à perdre le chemin du retour, jusqu’à se perdre dans le ciel. Et la population bourdonneuse diminuait inexorablement de jour en jour.

Les abeilles étaient des battantes, de vaillantes petites guerrières. Mais quand les dauphins avaient disparu, les abeilles avaient définitivement abandonné. Les modestes et persévérantes ouvrières toutes ensembles étaient parties pour ne plus revenir, laissant la désolation derrière elles, ruches désertées, couvains abandonnés, reines esseulées.

Cette fois la fin était inéluctable. Les abeilles avaient traversé les millénaires de concert avec les plantes à fleur en une harmonie que rien n’avait pu perturber, ni les extinctions cataclysmiques du passé, ni la roue écrasante de l’évolution, ni les changements de règne successifs du monde animal qui glissaient sur elles sans les atteindre. Mais voilà qu’elles avaient renoncé.

Cette fois c’était fini. Sans les patientes butineuses, sans les heures de vol obstiné d’une fleur à l’autre, sans le butin de pollen qu’elles transportaient accroché à leurs poils ébouriffés, c’était la fin ; amandier, pommier, colza, sarrasin, carotte, oignon, bleuet, pissenlit, c’était la fin ; fleurs, fruits, légumes, c’était fini. La végétation terrestre privée de renouveau s’était étiolée, racornie, et avait laissé la place au minéral et à la terre nue.

Alors les animaux qui se nourrissaient de plantes avaient dépéri, puis les animaux qui se nourrissaient d’animaux avaient commencé à succomber eux aussi, et voilà que l’animal autoproclamé roi des animaux, l’humain, était en voie d’extinction à son tour.

*

En équilibre parfait entre la Terre et le Soleil, elle observait ces disparitions successives de l’extérieur. La Terre était au loin, petite bille bleutée perdue dans l’espace intersidéral, et pourtant elle sentait peu à peu le vide laissé par la fin des espèces vivantes l’envahir et devenir sien.

Et elle était gagnée de plus en plus par un sentiment d’injustice. Ce n’était pas prévu ainsi. A quatre milliards d’années et demi, la Terre n’en était qu’à mi-parcours. Elle avait laissé derrière elle sa jeunesse tumultueuse, les éruptions volcaniques spasmodiques, les torrents de lave visqueuse ravinant sa tendre croûte, les séismes incontrôlés, l’atmosphère étouffante des débuts, le bombardement météoritique intense vérolant sa surface d’innombrables pustules, une collision violente avec une jumelle perdue et la génération de la Lune dans la douleur. Puis elle s’était apaisée, elle avait contenu son cœur brûlant sous une croûte épaissie, elle avait accueilli la pluie et peu à peu empli ses océans, elle avait réglé harmonieusement le ballet qui la liait à la Lune. Et au cœur des océans primordiaux quelque chose s’était passé. Des molécules s’étaient assemblées en une double hélice, des cellules étaient nées, s’étaient nourries de l’énergie du Soleil, s’étaient reproduites. La vie était apparue.

Depuis cela avait été un foisonnement ininterrompu, une diversité inouïe et grouillante, une audace sans frontières, des cartes sans cesse rebattues au jeu de l’évolution. La vie comme un raz-de-marée avait colonisé tous les recoins de la planète, rien ne pouvait arrêter ce déferlement. Et cela aurait dû continuer jusqu’à ce que le Soleil entre dans une rouge agonie, se brûle jusqu’au cœur et enfle démesurément jusqu’à emporter avec lui quatre ou cinq planètes dans un coup de panache final, avant de se rétracter en minuscule naine blanche. La Terre avait encore un sursis de cinq milliards de révolutions autour de son étoile avant de tirer sa révérence. Cela n’aurait pas dû arriver maintenant.

Mais il y avait eu les humains, ces rejetons terribles de la grande mer de l’évolution. Une poignée de primates à la peau nue et fragile, à l’ouïe basse, à la vision limitée, au déplacement lent et maladroit, cantonnés à la terre émergée, s’étaient enhardis jusqu’à prendre possession du globe et à prétendre dominer toutes les autres formes de vie.

Elle jeta à nouveau un coup d’œil au compteur. Il indiquerait bientôt 2042, selon le calendrier des humains. L’une de leurs dimensions était le temps, et il leur fallait le marquer, le mesurer, le décompter. Ils se retournaient et regardaient deux mille ans en arrière en se vantant du chemin parcouru, sans se rendre compte qu’ils n’étaient qu’un battement de cil dans l’histoire de la Terre.

Le temps d’un battement de cil, mais le visage même de la planète en avait été transformé. Forêts abattues, terres dénudées et ravinées, continents bétonnés, croûte trouée de part en part, pluies acides, climat bouleversé, tout cela était leur œuvre. Une machine folle était lancée, une machine à exploiter les moindres fibres du vivant, une machine qui empoisonnait la planète entière sous prétexte de nourrir quelques-uns de ses habitants.

Le compteur indiquerait bientôt 2042. Jusque là les humains avaient vécu au jour le jour, exploitant toujours plus des ressources qui leur paraissaient infinies, sans penser au lendemain. Depuis quelques années il était devenu évident qu’il n’y aurait pas de lendemain. Cette vérité s’était imposée brutalement à eux qui n’avaient pas voulu la voir malgré les lanceurs d’alerte qui s’étaient régulièrement levés depuis un siècle, et le chaos avait déferlé sur la planète entière. Les humains massacraient les autres espèces vivantes en pensant assurer ainsi leur survie, se massacraient entre eux pour s’approprier les dernières gouttes d’eau potable, les dernières poches de pétrole, les dernières fibres de bois.

*

« Bientôt la Terre ne sera plus ». Elle s’arracha à sa contemplation. Le Conseil Scientifique au grand complet était là. La Terre serait l’objet de cette réunion que Six lui-même venait d’ouvrir avec cette sentence de mort.

« La Terre est irrécupérable ! », affirma brutalement Vingt-Quatre. Un temps. Le continent nord-américain commençait à émerger de l’obscurité et à se dessiner dans la lumière du Soleil. « Vous le voyez bien », reprit-il, comme elle gardait le silence.

            « Je sais que c’est difficile pour toi », glissa Trente-Huit avec compassion. Trente-Huit avait toujours manifesté beaucoup d’intérêt pour la Terre. Il avait un faible pour les chauves-souris. Elles avaient disparu depuis quelque temps déjà, en même temps que les arbres où elles nichaient, les insectes dont elles se nourrissaient et les nuits sombres.

            « Cette planète est finie ! tonna Vingt-Quatre. Cette forme de vie étrange qu’on appelle humanité est la maladie incurable qui la conduit à sa perte. Les humains ont rasé les montagnes qui devaient s’éroder avec le vent, fait fondre les calottes polaires qui ne devaient varier qu’avec les glaciations, retourné les entrailles de leur planète et brûlé tout ce qu’ils ont pu en sortir. Ils ont piétiné toutes ces autres formes de vie qui auraient dû évoluer paisiblement sur des millions d’années.

– Ils ont fait pire, ajouta doucement Trente-Huit. Ils se sont retournés contre eux-mêmes. Ils ont torturé, affamé et assoiffé les leurs. Sous prétexte de survie pour quelques-uns, ils s’en sont pris à leur propre espèce tout entière. Ils ont utilisé leur admirable technologie pour accélérer ce processus d’autodestruction.

– Si encore ils n’avaient fait que se détruire eux-mêmes », intervint gravement Six. Tous se turent pour l’écouter. « La puissance atomique… ».

            Ils portèrent leurs regards vers la petite planète. Elle les avait repérées elle aussi et préféra fermer les yeux. Deux nouvelles explosions atomiques venaient de déployer leur haut panache en forme de champignon, libérant leurs radiations mortelles à l’échelle de continents entiers. L’une s’élevait au nord de la péninsule indienne, masquant la chaîne de l’Himalaya, l’autre au-dessus de la mer Méditerranée tarie depuis quelques années déjà. Il y en avait eu plusieurs au cours des mois précédents. La Terre présentait une face d’écorchée, trouée jusqu’à l’os, noircie jusqu’au carbone originel, où ne passaient plus que des fantômes. Et la Terre saignait. Les éruptions volcaniques rageuses des origines avaient repris. La Terre se disloquait un peu plus chaque jour sous les chocs qui bouleversaient sa croûte.

Elle sentait les larmes qui perlaient à ses paupières. Des larmes pour les abeilles, des larmes pour les dauphins, des larmes pour les créatures qui peuplaient les grands fonds sous-marins et pour celles qui survivaient dans les déserts de sable, des larmes pour les humains même. Elle se reprit. Elle ne voulait pas encore pleurer la Terre. Elle voulait plaider sa cause une dernière fois.

            « La Terre a encore autant de révolutions devant elle que lui en laissera le Soleil, lança-t-elle. La Terre a survécu à sa formation chaotique et elle peut survivre au bombardement atomique. Elle renaîtra de ses cendres comme elle l’a toujours fait. Bien sûr elle sera irradiée, stérile, instable pendant quelques millions d’années. Mais elle a toujours su nous surprendre. Souvenez-vous des dinosaures…

– Ah oui, les dinosaures… » répéta Trente-Huit d’un air rêveur. Il avait beaucoup aimé les dinosaures en leur temps. Peut-être même plus encore que les chauves-souris.

« Souvenez-vous du gingko, ajouta-t-elle. Là où la première explosion atomique a eu lieu, le gingko a résisté. » Elle se sentait devenir lyrique. « La vie, cet improbable phénomène apparu au gré d’hasardeuses combinaisons de molécules… La vie n’a jamais cessé de nous surprendre. Elle se transforme, elle évolue, elle s’adapte. Elle se glisse dans la moindre niche. Elle ne s’avoue jamais vaincue. La vie entraîne la vie, tout comme les bactéries de l’océan primordial ont utilisé l’énergie du Soleil pour produire de l’oxygène, permettant ainsi à d’autres êtres vivants d’apparaître. La vie a fait de la Terre ce qu’elle est, et la vie peut encore la sauver. »

Le Conseil la regardait d’un air dubitatif. « Pas cette fois-ci », trancha Six, exprimant ce que tous pensaient.

Vingt-Quatre reprit la parole. « Tout cela est déjà allé bien plus loin que le plan initial. Ce projet qui devait être banal s’est révélé beaucoup plus intéressant que ce que nous en attendions, il nous a même passionnés par moments et nous avons déjà accepté de le prolonger un nombre incalculable de fois, de milliard d’année en milliard d’année. Mais cette… vie que nous avons vu émerger est définitivement une aberration. Quel concept illogique, un processus continu qui porte en lui sa propre fin, des entités qui apparaissent en sachant déjà qu’elles sont vouées à disparaître ! La vie, c’est le chaos, l’aléatoire, la guerre. Imaginez, si elle avait réussi à essaimer plus loin dans le Système solaire… Ces humains avaient déjà commencé à prendre pied sur la Lune et sur Mars. La contagion aurait ensuite gagné toute la galaxie, voire le reste de l’Univers, et nous n’aurions plus rien pu y faire.

– Serait-ce un tel mal ? s’emporta-t-elle. Ce n’est qu’une galaxie. Quand bien même l’Univers tout entier serait touché, ce n’est qu’un univers parmi d’autres. Il y a encore tant à apprendre de la vie. Peut-elle se développer sur une planète radioactive ? Et si une autre forme de vie apparaissait, une vie qui ne serait pas liée à la chimie du carbone ? Je pense qu’une vie à base de silicium serait…

– Il suffit ! » tonna Six. Elle s’arrêta net, coupée dans son élan par ce rappel à l’ordre brutal. « Nous vous avons intimé de mettre fin à cette expérience avant la fin de cette révolution planétaire. Il est temps. » A ce moment le compteur bascula et afficha 2042.

            Elle baissa la tête, résignée, et pour la dernière fois embrassa du regard la petite planète qu’elle avait créée, sa planète. Elle se souvint de son bonheur lorsqu’elle s’était lancée dans cette nouvelle expérience, dans un univers neuf, dans une galaxie qu’elle avait modelée à sa guise, autour de cette étoile qu’elle avait couvée jusqu’à maturité. Elle se souvint comment le disque protoplanétaire s’était peu à peu fractionné en plusieurs entités distinctes, comment la petite planète, la troisième en partant du Soleil, avait fragilement éclos, comme une passagère clandestine. Et la surprise de la première molécule organique…, et les premiers êtres monocellulaires, et les végétaux hardis qui gagnaient du terrain, et puis… les abeilles, les dauphins… les humains.

            « Allez », insista Six. Elle prit une grande inspiration, tendit un doigt, et tout s’effaça. La Terre n’était plus.

            « C’est bien, conclut Six. Je déclare cette expérience officiellement terminée. La séance du Conseil est levée. » A sa suite, les conseillers se retirèrent les uns après les autres et s’égaillèrent dans d’autres plans et d’autres dimensions.

Elle restait là à fixer le lieu où il n’y avait plus rien, juste le vide interstellaire.

            « Quarante-Deux… ». C’était Trente-Huit qui s’était un peu attardé et qui essayait de la consoler.

« Quarante-Deux, tu as l’infini et l’éternité pour conduire toutes les expériences que tu voudras. Tu créeras d’autres planètes, ou des astres plus exotiques, des pulsars, des étoiles géantes, et tu les regarderas évoluer, ce sera passionnant. Viens avec moi, une nouvelle étoile est née dans ma nébuleuse, sa composition gazeuse est inédite… »

Elle étouffa un sanglot et essuya ses larmes d’un revers de main. Un peu de poussière était resté au bout de son doigt. Quelques molécules à peine qui s’agrippaient les unes aux autres et esquissaient une double hélice.

Elle les contempla, et pour la première fois elle se demanda ce qu’elle était, pourquoi elle était là, et où elle allait. Pour la première fois il lui vint l’idée que pour elle aussi il y aurait peut-être un jour une fin.

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