« Les premiers seront les derniers »
TROU
48.954544 / 37.831893
Dernière maison de Lisnyy Provulok,
chemin forestier des faubourgs sud de Lyman,
Oblast de Donetsk, 84401 Ukraine, 24 février 2023.
Quelques secondes leur ont suffi pour traverser le mur de briques de la maison avec leur char T-72 marqué d’un ‘Z’ blanc… Anastasiya et moi comprenons immédiatement. Elle ouvre la trappe sous le tapis et saute se réfugier dans le cellier, sous le parquet. Je n’ai pas le temps de la suivre. Je remets le tapis en place et feins la mort… Puis je ne me souviens plus de rien, c’est le black-out, le trou noir…
Mise en terre.
Le temps s’est tu… J’ignore depuis combien de temps je gis dans ce trou, désorienté par l’obscurité de la nuit. Je suis cassé, carcasse fracassée… De lourdes gouttes de pluie glaciale viennent tapoter ma peau et me ramènent à la conscience… Impact après impact, j’émerge du coma. Je suis… J’existe… …encore… Enfin, je crois… Là-haut, la lueur blafarde de quelques étoiles s’obstine à osciller. Les cieux pleurent… Il pleut. Chaque larme de ciel coule sur mon crâne et ruisselle jusqu’à ma bouche, au goût mêlé de sueur salée et de sang ferrugineux. Mon crâne saigne. Je ne sais, de mon corps, quelle partie me fait le plus mal. Je suis mal. J’ai mal, tellement mal que je ne ressens presque plus la douleur. Je suis froid. J’ai froid, tellement froid que je ne ressens plus mes membres. Peut-être n’ai-je plus d’extrémités ? Je ne parviens pas à me mouvoir dans ce trou humide et visqueux, qui sent la terre sableuse et acide, les feuilles pourries, de subtiles senteurs de pétrichor et de racines amputées, dont j’entends les douleurs muettes. Comme moi elles n’ont probablement plus d’extrémités… Je ne peux m’étendre et demeure recroquevillé sur moi-même, en position fœtale, dans cet utérus de terre, d’où je ne pourrai fatalement renaître. Ma pauvre mère était morte en me donnant la vie, et me voilà maintenant condamné à vivre, dans ce goulot d’étranglement vers l’enfer… Mon dortoir est un mouroir… Je perds connaissance encore quelques fois, puis je reviens à la vie… Le jour tente une percée à travers la brume, dans une lumière diaphane. Mon horizon, à présent réduit à un opercule atmosphérique, est aussi léger et fugace, que mon corps est gisant de gravité au fond de ce trou béant…
…d’une sombre survivance.
À présent, je comprends… Je n’aurais jamais dû commencer à creuser de puits dans notre terrain, et pas si profondément… Comment imaginer que chaque pelletée de terre arrachée au sol arracherait aussi une partie de ma vie ? J’ignorais que c’était mon propre tombeau que je creusais ainsi. Que de biens piètres soldats pour m’avoir laissé pour mort, sans même signer leur exploit d’une rafale ou d’une balle bien placée, juste au cas où… C’est la base, on apprend çà à n’importe quel bidasse ! Me voilà maintenant pris au piège, acculé comme un animal captif. En vain, je tente de m’accrocher aux racines, maintes et maintes fois, inexorablement… Je m’abime au fond de ce trou noir et glissant, jusqu’à y laisser quelques ongles. La terre gelée est si dure en cette saison, qu’il m’est impossible d’y creuser des encoches pour tenter de reconquérir la surface. Et puis le trou devient trop large en remontant, impossible de tenter quelque forme d’acrobatie en opposition… À présent, je dois me résigner… Accepter… Je ne vis plus, je gis, les jambes engourdies, écrasé sous le poids du néant, coincé entre deux infinis…
Face à la mort, l’amour ne meurt jamais…
La mort ne fait vraiment peur qu’à ceux qui veulent vivre. Après une année de guerre et de sirènes hurlantes, je croyais ne plus avoir peur de rien. La nuit revient, j’ai peur… Je pense à Nastya, terrée sous les pas de mes tortionnaires, enclavée dans notre cave, ‘encavée’… « Tu me manques Tassya, j’espère que tu me pardonneras de ne pas être avec toi… » Mon amour pour Anastasiya est mon armure et mon arme contre la mort. Tout contre… L’amour supporte tout ! Autant que la terre est dure, mon amour endure… « Tassya je t’aime, et j’espère au-delà de toute espérance ». Je pense aussi à notre petite Zoya, tissée dans le ventre de sa mère depuis octobre. Au moins, elle n’aura pu être déportée comme tellement de nos enfants, disparus des campagnes lors de la dernière occupation, entre mai et septembre, volatilisés… …sans laisser de traces… Nastya et moi avons défié la guerre ! Nous avons fait l’amour en conscience comme un acte de résistance, sous la pluie de bombes qui pilonne le pays depuis une année maintenant. Nous avons conçu Zoya le lendemain des quatre annexions, alors que paradoxalement, les milliers de soldats ‘Z’ qui avaient pris le contrôle de Lyman, étaient enfin repoussés vers Kreminna par les brigades et unités d’assaut de nos troupes régulières. Il y a quelques jours, dans les locaux de l’ancien centre de loisir, à présent métamorphosé en centre de soins, nous apprenions que notre bébé est une fille. Le prénom de Zoya s’est imposé à nous comme une évidence : symbole de vie prophétique en ces temps de guerre, comme pour faire taire la mort sans qu’elle n’ait le dernier mot… Mais Zoya verra-t-elle la lumière du jour ? Ces derniers temps, Nastya sentait Zoya s’agiter en elle, sursautant dans son abri organique à chaque déflagration, alors que nous n’entendons même plus, ni les explosions qui ponctuent nos jours et nos nuits, ni les hélicoptères et les avions qui rasent nos terres, tellement nous en avons pris l’habitude. Les frappes se sont intensifiées depuis quelques semaines, mais nous ne sursautons plus, tant les bombardements sont incessants. Seule Zoya semble nous supplier de fuir, alors que la guerre s’approche à nouveau, tel un inéluctable rouleau compresseur. On aurait dû partir quand il était encore temps depuis le début de l’offensive par l’oppresseur. Mais fuir n’est pas dans ma nature ! Autrement, on serait déjà parti en 2014… Et puis fuir pour aller où ? Les vivants se déplacent, mais l’ombre de la mort aussi… Nous en avons même vu certains prendre la route de l’exode et qui en sont revenus… Et puis Nastya préférait attendre le solstice d’été ici, pour accoucher à la maison. Peut-être était-ce une forme de déni, mais elle ne se sentait pas de fuir. À présent, il faut faire face… Je pense à elle dans la noirceur de mon trou… J’espère qu’elle tient bon, et que si Zoya parvenait à fuir malgré tout, cela se ferait sans bruit…
Des yeux de verre.
D’atroces cris se font entendre toute la nuit. Je ne sais si je dors ou si ce cauchemar hurlant est bien réel… Au petit matin, des voix ivres se font entendre. Je fais le mort, gisant à présent dans mes propres excréments, que la froideur de la nuit a gelés. Une masse vient me percuter et, semi-conscient, je tombe dans une narcose gravitaire, avant de reprendre mes esprits. Un silence fracassant règne, entrecoupé de quelques détonations, me rappelant que le temps s’écoule toujours… Je dois encore être en vie… Je crois qu’il fait jour, mais ne distingue rien qu’un ou deux rais de lumière. Je réalise qu’un corps me recouvre, m’offrant un peu de sa chaleur évanescente, au prix d’une respiration difficile. Compressé, opprimé, comprimé, oppressé, je suffoque… Une délicate pellicule de givre se cristallise sur cette masse informe qui me contient. Entre sidération, résignation et instinct de survie, mon corps crie en silence et finit par traverser cet être qui m’ensevelit, alors que de légers flocons de neige viennent l’embaumer d’un linceul glacé. Ce gisant éternel est à présent la seule humanité qui me tienne compagnie. Son visage me dévisage. Ses yeux givrés sont ouverts et me regardent à la manière d’un miroir brisé. L’altérité de son regard figé me renvoie à ma propre êtreté. Je suis… J’existe… …encore. Ses yeux suppliciés me supplient de les clore, afin de trouver le repos éternel. Je pose mes doigts sur ses paupières, puis les ferme à jamais. Mon autre Moi dormira pour toujours. Quant à moi, je suis, j’existe… …encore… Mon puits se fait à présent passage vers l’outre-monde… Au-delà de cette masse morte, j’assiste à une danse macabre : surplombant d’obscures abysses, une araignée tisse un fil de soie iridescente, montant vers la lumière. Tel un funeste funambule, elle se tient sur ce fil d’ariane, suspendue au-dessus du vide… Transcendance extatique… Ma vie aussi ne tient plus qu’à un fil. Mais ni la mort ni la vie ne semblent vouloir de moi. Et maintenant, je fais quoi ? Je n’ai nulle part où aller… J’ai froid. J’ai faim.
FAIM DE CHIEN
L’homme est un loup pour l’homme.
L’orifice infiniment circulaire que j’ai pour unique horizon est subitement sillonné par une nuée de corbeaux, qui fendent les airs. De bon augure, ces oiseaux me rappellent qu’un ailleurs existe… Ces anges noirs survolent le pays, ils vont et volent les âmes, puis s’envolent. J’aimerais m’élever dans leur sillage, mais ne le puis… J’ai froid. J’ai faim. L’idée de dévorer mon autre Moi me traverse la tête, à la manière d’une balle perdue. Mais je ne suis pas cannibale ; je suis bien affamé, mais ne mangerai pas de chair humaine. J’ai sommeil. Je rêve d’une trêve. Quand soudain, c’est le crash ! Tombé des cieux, un animal inanimé s’écrase dans mon obscur trou. J’entends ses os qui se brisent. C’est Kafka ! Mon chien si fidèle vient de rejoindre son maître, jeté comme un vulgaire morceau de viande. Condamné à jeûner comme un « Artiste de la faim » dans cette cage sans clarté, instinctivement j’ensevelis mes crocs enragés sous ce pelage bestial, que j’ai tant caressé… Triste ironie du sort… Je ne suis plus qu’une bête sauvage et féroce, un charognard sanguinaire. Tout homme est capable du pire, il suffit que les conditions soient réunies… Les monstres accouchent des monstres. C’est la fabrique du Mal. L’atrocité, la bestialité dans tout son lustre de débauche. La nuit tombe comme un corps. Quant à moi, je ne tomberai plus bas, mon puits est à présent ma tombe… La lune est aussi pleine que moi. Je ne suis plus. Je suis ce puits, si vide et si rempli. Repu de mon repas coupable, je m’endors…
ANTRE DE L’ENFER
Rituels, catharsis et agonie du Monde.
À la frontière de chaque nuit, les pâles lueurs de l’aube vomissent de pâles corps, livides et vidés de toute vie. Au-dessus de ma cellule souterraine, le vent souffle comme le blast des bombes, sur des narines essoufflées qui ne souffleront plus. Mais le jour résiste à la nuit et finit par éclore, inexorablement, dans un cycle infini infernal, que rien ne peut briser, ni même la Mort… C’est l’Enfer ! J’entends s’approcher les voix lourdes du Mal, du vice, les voix de ces soldats ivres de maléfice. Je ressens leurs pas sourds dans la neige. Je me réfugie sous cette décharge ordurière de corps sans vie, caché sous ce tas de cadavres, abrité par la mort. Ma vie n’est plus à vue… Happé en apnée, je supporte le poids du vide qui s’abat sur moi. Je porte le poids du Monde… Chaque matin de ténèbres commence par ce funèbre rituel, quand les soldats déchargent des corps, dans le trou noir et béant de mes béatitudes, où le temps ne passe plus… La mort passe et récolte les âmes. Une nuée d’égrégores s’évapore, libres de leur corps. Mais l’ange de l’abîme, démon de la désolation, ne semble pas me voir. Pourquoi eux et pas moi ? Insensible, je deviens disciple de l’invisible. Je ne peux compter les jours et les nuits qui s’empilent. Je ne peux compter que les morts qui s’entassent. Alors, pour chaque corps supplicié, j’entaille la peau de mon avant-bras d’une ligne rouge, sublimation esthétique et cathartique… Chaque scarification perle d’une rosée matinale et sanguine de gouttelettes de vie. À défaut de bougie, je communie par le sang… Chaque mort me rend plus vivant. À chacun son rituel !
Cet insatiable tube de terre intestinale avale, dévore et digère les morts, un à un. Vorace reliance d’un anus terrestre excrétant des corps sans vie, et d’une bouche de l’enfer qui en capture l’esprit… Céleste absolution… À présent, je suis partie inhérente de cet organe, au sein duquel je me fais passeur d’âmes… Une avalanche de corps nourrit la terre. De mort en mort amoncelés, le temps passe… Ce même temps suspendu, qui ne passe plus… Je ne sais où l’attraction est la plus forte, vers le trépas ou bien les cieux… Je ne peux en atteindre ni l’abîme ni la cime. Ni vraiment mort, ni vraiment vivant, mais assurément moins zombifié que les soldats ‘Z’, je n’ai nulle part où aller. Alors j’attends, comme Jonas dans le ventre de la Bête. Six pieds sous terre je suis, je gis et j’attends… Porté par la pesanteur de la puanteur, accablé sous le poids du vide… En lévitation vers Déméter, au-dessus d’un amas d’âmes errantes, en terre je transgresse la gravité et m’élève au rythme de la liturgie du démiurge, qui purge le Monde… Vertige inversé de la verticale du vide. Jour après jour, de cadavre en cadavre, l’organicité pestilentielle me sépare du trépas et pousse paradoxalement mon corps vers la lumière…
Comme à Boutcha, c’est ici la même boucherie, le même calvaire, d’une ville martyre offerte aux vers. On semble procéder à un nettoyage systématiquede toute la ville ; nous sommes en plein génocide, en pleine zatchistka…
Les corps gonflent comme des ballons en putréfaction, amas de ventres en décomposition. Je les entends qui s’écoulent comme autant de sources fétides et putrides, crevant dans de nauséabondes odeurs. C’est la logorrhée des morts… De gaz gonflés, point de montgolfière ne m’élèvera vers les limbes de l’éther. Ici, point de rédemption salvatrice, juste l’autopsie d’une aliénation… Lente respiration d’une Vouivre qui garde les enfers, en cadence et décadence, au rythme de la mort. Dans un insidieux silence, elle inspire, aspirant toute vie sur son passage… C’est un mensonge : Saint-Georges n’a pas terrassé le dragon ! Sa gueule boueuse me retient interné, en otage dans une gangue de terre mortuaire, en apnée, sans fin, sans fond…
La guerre a ses raisons que la raison ignore.
Le fracas d’une déflagration me ramène brutalement à la réalité ! Une opacité soudaine s’abat sur moi, me percute et me plaque contre mes compagnons de mutique infortune. Je suis étourdi par le choc, le poids de la pesanteur, gravité de la gravité… Implacable souveraineté du vide… Ça sent la poudre, le soufre et la souffrance. Encore une vie réduite en cendres… Encore une vie pulvérisée, ne laissant pour toute trace que l’écho d’un silence éternel. Celui-là, je ne l’ai pas entendu venir. Le rituel matinal semble rompu : cette fois, il s’agit d’un soldat ‘Z’ ! Un brassard blanc lui serre le bras droit. Son uniforme ensanglanté arbore l’emblème des forces terrestres et ce qui semble être l’insigne d’un officier de la réserve. Probablement parti de sa patrie lors de la mobilisation partielle de troupes prononcée fin septembre. Déraciné d’une terre qui l’a vue naître et qu’il ne reverra plus… Il est encore bien jeune pour venir hanter mon trou, peuplé de revenants qui ne reviendront pas… Il avait la vie devant lui ! Aujourd’hui, il meurt… À chaque vie ôtée, c’est une part de sa propre conscience qu’il a tuée, allant jusqu’à ôter la sienne. Les morts appellent les morts… Mort de l’intérieur, orphelin de la Mère-Patrie, ce belligérant devenu déserteur a quitté ses frères d’armes, pour rejoindre d’autres frères… …slaves… Confession auto-proclamée, pénitence auto-infligée ? Résipiscence, solennelle sentence d’un tyran ? Repentir d’un martyr ? Contrition d’un homme pris d’attrition ? On ne sait plus qui est qui : un humain autodidacte comme tous les autres, assurément… La Terre entière n’est qu’un vaste cimetière où les distinctions n’existent pas. Par un coup de feu, tragique coup du destin, il semble avoir changé de camp et de mouroir, modifiant sa trajectoire… À présent, il se répand dans cet enfer où il s’écrase. Tombé du ciel en pensant le rejoindre, il a rompu le fil du temps à jamais. À présent, mon semblable se vide de son sang, nourrissant l’appétence féroce de mon atroce excavation infiniment cyclique, ce vortex de chair, « La porte de l’Enfer », dont malgré moi je suis gardien. Il s’est liquidé… Il se liquéfie… Sa tête est traversée de part en part, telle une mortifiante traversée de l’existence… …aiguillage terrestre sans retour et sans compromis, scellant une destinée céleste ou bien funeste… Chacun écrit sa propre histoire… Chacun porte sa croix… Chacun ses guerres et ses déserts… D’un côté, un orifice étoilé noir de fumée lui tatoue le crâne. De l’autre côté, un simple trou plus ou moins difforme… Il a pointé son arme sur sa tempe… …et a appuyé sur la détente… ‘Envoyé au trou’ de lui-même… Un bon soldat ne quitte jamais son arme. Il chie avec, dans une loyauté sans faille. Il dort avec, tel un doudou, implorant « Maman ! » dans ses cauchemars… Son flingue l’a suivi dans sa chute. Me voilà armé à mon tour, d’un pistolet Oudav SR-2. Un seul geste et tout pourrait s’arrêter là… Je pourrais me rendre à mon tour. Mais fuir n’est pas dans ma nature ! Alors, à bout portant, je porte mon envahisseur, mon frère, mon ravisseur. Fatalement humains, tous deux nous sommes victimes collatérales d’une guerre génocide et fratricide… Une photo s’acharne à tenir dans sa main resserrée. Je la lui arrache et la retourne. Il y est inscrit : « Pardonne moi Dasha, je suis mort au combat ». Dans ses poches, je trouve des amphétamines, des préservatifs et du Viagra, quelques munitions de calibre 9 mm, une flasque de vodka et un paquet de cigarettes Black Sobranie. Le feu embrase le pays, mais au fond de mon trou, aucune flamme, juste une lueur d’espoir, qui s’évapore en fumée de jour en jour, aussi dérisoire que la nuit est noire…
VANITÉ VESPÉRALE
Dilemme et ‘mythe de la caverne’.
Aux confins des mondes, du fond de l’abîme, la lumière vient d’en-bas… De corps en corps accumulés, je me hisse de cet abysse. Du haut de cette échelle vertigineuse de rigidité cadavérique, j’ai l’ivresse des profondeurs… Enfin, j’atteins le ciel de cet enfer. Mais si la mort n’a pas de visage, ce matin, elle en a un… Je reconnais ce corps. J’ôte le masque mortuaire de plastique noir qui lui recouvre la tête. C’est Nastya qui m’est rendue ! Quittant un sous-sol pour un autre, que je dois moi-même quitter… Elle est aussi nue que mon âme. Un suaire de cire suinte sur sa peau. Tuméfiée, marbrée, lacérée… Ses yeux sont exorbités de terreur. Ses longs cheveux blonds ont été rasés. Sa dent en or, arrachée. Ses mains, ligotées. Son ventre rond est transpercé de toutes parts. Exutoire de giclées jubilatoires de son propre sang matriciel. Sa poitrine n’a plus de tétons. Une bouteille de vodka Putinka défonce son vagin. Le père du mensonge a quitté la place rouge et son hydre démoniaque est venue jusqu’à nous. Ils ont pénétré mon pays et ils ont pris ma femme ! Torturée, violée, souillée… Chaque parcelle de son corps porte les stigmates d’une horde de l’horreur. Nos femmes taisent leurs viols, mais les mortes crient plus fort que tous les silences ! « Ils t’ont profanée, je te vengerai ma Nastya ! » Mon havre est devenu cadavre, cruel manifeste de véhémence écrit ‘sang concession’… Ma raison de vivre est éteinte. Une partie de moi s’éteint avec elle. Et Zoya, dont le nom même est la Vie, est morte avant de naître. « Oh, ma Tassya, tu portes encore Zoya, et je vous porterai en moi, pour vous rendre la vie ! » Car le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants… Et je suis… J’existe… …encore… « Oh, ma Tassya, je veux te serrer pour le restant de mes nuits, mais ton corps est froid et le mien est encore chaud. Enfin réunis, une impalpable limite nous sépare… » Dilemme d’une étreinte éternelle… Mais « choisir, c’est renoncer »… Au risque de vivre, je n’ai pas le choix ! Survivre commence par un acte de résistance ! Puis viendra le temps de la résilience… « J’espère que tu me pardonneras ma Nastya, de ne pas rester au chevet de ton âme, dans cet écrin d’éternité… Mais c’est la guerre dans notre pays. J’aurais voulu être ton héros, te défendre et te protéger ! Mais je dois me lever et me battre ! Pour toi, pour nous, et tous nos autres partis trop tôt ! Pour notre rue, pour Lyman et notre pays ! » Ils ont craché dans le puits, maintenant ils devront y boire !…
DÉLIVRANCE
Avènement d’un enlèvement.
Avènement d’un enlèvement.
Après dix-huit jours à [sur]vïvre dans ce purgatoire en putréfaction, Slava parvient enfin à s’extirper de ce trou morbide. Il se relève et se dit : « Il y a ceux qui vivent et ceux qui sont en vie. Je crois que j’ai survécu, mais je n’en suis pas sûr… ». Au même moment, un chapelet de déflagrations déchire l’espace, tout en figeant le temps, en un instant à la fois mortel et immortel. Slava s’effondre à côté de son puits, de tout son flanc : « la main sur la poitrine : il a deux trous rouges au côté droit… ».

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