Publié dans la categorie Concours Jets d’encre

La tache rouge – Sarah Benkeder

Je n’arrive plus à respirer, je suffoque. L’air n’entre pas dans mes poumons et veut m’étrangler, je ne peux plus respirer, je vais m’étouffer.
Je ne sais pas où je suis, où est-ce que je suis ? Partout, tout autour de moi, tout ce que je vois : du rouge.
Du rouge et il s’emballe, s’étale, m’avale, et je ne vois rien, rien d’autre, ne suis rien, rien d’autre que ce rouge qui m’entoure, qui me cerne et je ne veux pas qu’il m’absorbe. Je ne veux pas qu’il m’engloutisse, je ne veux pas disparaitre.

Albert coule – Vincent Lescure

Le soir les cueille sur un banc. Intimidés, ils restent impassibles. Est-ce le lac qu’ils contemplent ? Les collines qui les enlacent ? Les ombres ont disparu mais la ville rayonne. Le vent est tombé et l’air devient tiède. En ce soir du 25 décembre, le jour s’efface drôlement tôt sur la lagoa de Rio de janeiro.

La course – Emmanuel Artiges

Il est 18 h quand je ferme la porte du bureau. Derrière moi la montée d’escaliers qui mène au troisième ne me verra plus avant une douzaine d’heures, et ce délai me semble encore trop court. Je ne prends pas le temps de respirer à pleins poumons l’air extérieur après une journée passée dans une salle fermée, la solitude encore imparfaite ne me suffit pas. La rue dans laquelle je m’insère est trop peuplée à mon goût. Après quelques passages piétons aux feux de couleurs impérieuses dans le crépuscule qui tombe, je trouve mon sanctuaire.
Enfin.

Le prisme de la nuit – Florian Richelmy

BLANC
Nous partîmes cinq cents ; mais par un désaccord,
Un abîme sanglant divisa nos monarques.
Ici nous posons pied, en amarrant nos barques :
Tout est blanc, tout est nu, en arrivant au port.

« Pause ! »

Sables immuables – Audrey Gourjon

Manteau long russe, perruque Louis XVI, chapeau de cowboy et pieds nus, le vieillard se tenait debout, regardant au loin. Mâchonnant une vieille chique trouvée on ne sait où, il ne bougeait pas alors que le sable devait vraisemblablement lui brûler la voute plantaire. Tout autour de lui la plage s’étendait à perte de vue, l’océan trop loin n’était ni audible, ni même visible.

La solution ultime – Anne Elise Perret

En ce matin de juillet, Edgar H. se réveilla de bonne heure. Dans sa modeste maison en périphérie de la ville, il considérait depuis quelques temps l’été comme un fléau. Autrefois, dans cette même maison qui avait appartenu à ses parents, cette saison n’avait pourtant été pour lui que synonyme de bonheur : le jardin à l’arrière de la vieille bâtisse, démesurément grand par rapport à celle-ci, s’était transformé, dès que l’arrivée des premiers rayons de soleil l’avait permis, en cour de récréation où ses camarades de classe le rejoignaient après le goûter pour une partie de cache-cache derrière les arbres ou pour poursuivre les oiseaux qui s’envolaient en sifflant bruyamment.

Finitude – Lydie Ducolomb

Encore une rotation et le compteur indiquerait 2042. Encore une rotation et la Terre ne serait plus. Le coup de grâce avait été donné par la disparition des abeilles. Cela s’était fait si lentement, si silencieusement que personne ne croyait voir un jour la fin de la toute dernière des abeilles.

Un 28 février comme un autre – Côme Horvat

    « Nous sommes le 28 février et il est sept heures pile, chers auditeurs de la 77WABC, la radio d’actualités de Long Island. Tout de suite, nous retrouvons les nouvelles de ce début de matinée avec Meryl Danton. Bonjour Meryl ! »

Deux heures avant l’infini – Antoine Rigaud

– Je n’aurais jamais pensé que ça se termine comme ça.
Valentine est là. A mes côtés. Le ciel est en feu. Tout est en feu. Un navire s’embrase. Des cris. Beaucoup de cris. C’est le chaos. Les gens s’affolent. C’est la fin. L’air devient brûlant. Mes poumons brûlent. Encore et encore. Les étoiles tombent dans un vacarme assourdissant. La terre tremble. La lumière devient aveuglante. Tout devient lumière. Encore et encore. La pression me plaque au sol. Je lâche la main de Valentine. Je me mets en boule. Tout autour de moi disparaît. Je brûle. Je meurs. Encore et encore.
Je me réveille.

Mais qui a tué Kraspek? – Paule Decosne

 

La nuit tombait sur la petite ville de T. et Philomène K. rentrait chez elle, épuisée par une nouvelle journée d’enquête.